L’histoire des spiritueux croise parfois celle du crime organisé, créant un folklore sombre et fascinant. 🎩 Parmi les figures légendaires, Al Capone, le parrain de Chicago de l’ère de la Prohibition, trône en maître. Symbole d’une époque où l’alcool était illégal mais coulait à flots dans les speakeasies, on se demande souvent quel était le rapport de ces gangsters aux boissons qu’ils vendaient et consommaient. Avaient-ils un palais raffiné ou buvaient-ils sans distinction ? Al Capone avait-il bon goût en matière de spiritueux ? Cet article explore les habitudes de consommation des criminels notoires, en se penchant particulièrement sur Capone, pour démêler le mythe de la réalité et comprendre comment le crime a influencé, et parfois même façonné, le marché des alcools de luxe.
La Prohibition (1920-1933) fut l’âge d’or du crime organisé autour de l’alcool. Contrôler la production, l’importation clandestine (le rum-running) et la distribution d’alcool était extrêmement lucratif. Dans ce contexte, la qualité était souvent sacrifiée au profit du volume et de la rentabilité. Une grande partie de l’alcool circulant était de la moonshine de piètre qualité, coupée ou frelatée, parfois dangereuse. Cependant, pour les élites criminelles et leurs clients les plus riches, l’accès à des spiritueux de qualité existait. Al Capone, homme d’affaires avisé et assoiffé de respectabilité, comprenait l’importance du symbole. Sa consommation personnelle et celle qu’il réservait à ses invités de marque devait refléter son statut et son pouvoir. Les témoignages et les historiens s’accordent à dire qu’il appréciait le whisky, et plus particulièrement le Scotch whisky importé clandestinement d’Écosse ou du Canada. Les marques prestigieuses comme Johnnie Walker ou Haig faisaient partie de ses choix.
Au-delà de la simple consommation, Capone avait un sens aigu du marketing et de la psychologie. Il savait qu’offrir un bon verre pouvait désarmer un rival, soudoyer un politicien ou sceller un pacte. Dans ses night-clubs comme le Lexington Hotel, on servait du champagne français et des whiskies de marque à sa table et à celles de ses proches. Il faisait également du rhum cubain une de ses signatures, lien évident avec les réseaux d’importation depuis les Caraïbes. Était-ce du « bon goût » au sens où l’entend un œnologue ou un sommelier aujourd’hui ? Probablement pas. C’était plutôt le goût du pouvoir et du luxe ostentatoire. Il choisissait ce qui était reconnu socialement comme le meilleur, le plus cher, le plus symbolique, bien plus que par une sensibilité personnelle aux arômes. Son but était d’afficher une réussite et une élévation sociale que la société légitime lui refusait.
D’autres criminels ont marqué l’histoire des spiritueux. Bugsy Siegel, associé de Capone puis pionnier de Las Vegas, était connu pour son amour du champagne Dom Pérignon. Lucky Luciano, le père du crime organisé moderne, préférait un bon brandy. Ces choix reflétaient une aspiration à une normalité bourgeoise et sophistiquée. À l’inverse, des figures plus brutales comme Dutch Schultz ou John Dillinger étaient moins associées à un raffinement particulier. L’influence des gangsters a parfois été directe : la demande massive et solvable d’alcool de qualité pendant la Prohibition a stimulé les exportations de certains producteurs écossais et canadiens, et a contribué à la notoriété de certaines marques qui sont restées des symboles de luxe.
FAQ sur les spiritueux et les criminels
- Que buvait-on dans les speakeasies ?
La gamme était large : de la bière maison, du gin bathtub (fabriqué artisanalement, de qualité variable), des cocktails forts pour masquer le goût des alcools médiocres, et, pour les établissements huppés, des whiskies, champagnes et vins importés clandestinement. - Les distilleries légales ont-elles travaillé pour les gangsters ?
Indirectement, oui. Certaines distilleries canadiennes ou des Caraïbes ont vu leurs exportations exploser, sans toujours se soucier de la destination finale. Aux États-Unis, des distilleries médicinales légales (l’alcool à des fins médicales était autorisé) ont parfois détourné une partie de leur production. - Al Capone a-t-il possédé des distilleries ?
Son empire incluait des brasseries clandestines et des réseaux de distribution, mais il est moins certain qu’il ait possédé des distilleries de spiritueux à proprement parler. Il contrôlait surtout l’importation et la vente. - Existe-t-il des marques d’alcool créées par des gangsters ?
Pas de marques pérennes célèbres, mais de nombreux alcools étaient « étiquetés » de manière fantaisiste par les contrebandiers pour leur donner une apparence de légitimité (faux Scotch, faux Cognac). - La Prohibition a-t-elle amélioré le cocktail culture ?
Absolument. Pour camoufler la piètre qualité de nombreux alcools, les barmen ont inventé ou popularisé de nombreux cocktails complexes et fortement aromatisés (comme le Mary Pickford, le Bacardi Cocktail).
En conclusion, poser la question « Al Capone avait-il bon goût ? » revient à interroger la nature même du « bon goût ». Si l’on entend par là une connaissance approfondie et un plaisir désintéressé des nuances aromatiques, la réponse est probablement non. Capone et ses pairs étaient des consommateurs stratégiques, pour qui le spiritueux était un outil de pouvoir, un marqueur social et une monnaie d’échange. Leur « bon goût » était celui du statut, un réflexe de parvenu souhaitant s’approprier les symboles de l’establishment qu’il défiait. Cependant, leur influence sur le marché fut réelle. En créant une demande massive pour les alcools premium et en popularisant leur consommation dans des lieux de socialisation illégaux mais vibrants, ils ont indirectement participé à la construction du mythe moderne du spiritueux comme produit de luxe et de convivialité. Leur héritage est ambivalent : une page sombre de l’histoire, mais aussi un chapitre qui rappelle que la frontière entre l’illégalité et le raffinement, entre l’ombre et la lumière, est parfois aussi ténue que le dépôt d’un vieux single malt. Alors, bon goût ou pas ? Peut-être que pour Scarface, le seul arôme qui comptait vraiment était celui de l’argent et du respect. « Dans son verre, il ne voyait pas un whisky, mais un reflet de son empire. » 💸
Note importante : A consommer avec modération, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
