Les spiritueux de NASA : alcool dans les stations spatiales

L’idée de siroter un verre en apesanteur, en contemplant la Terre depuis une station spatiale, semble tout droit sortie de la science-fiction. Pourtant, la question de l’alcool dans l’espace a été, et reste, un sujet sérieux d’étude et de débat pour les agences spatiales comme la NASA et Roscosmos. Si la consommation d’alcool est strictement interdite lors des missions opérationnelles pour des raisons de sécurité évidentes, l’histoire de la conquête spatiale est ponctuée d’anecdotes, d’expérimentations et de projets visant à intégrer des spiritueux dans la vie des astronautes, ne serait-ce que pour des raisons psychologiques ou scientifiques. Explorons cette frontière ultime de la gastronomie liquide.

Durant les missions Apollo, quelques rumeurs persistantes ont évoqué des flacons de cognac miniatures cachés dans les combinaisons. Si cela reste du domaine de la légende, le programme spatial soviétique, lui, a été plus pragmatique. Dans les années 1970 et 80, les cosmonautes de la station Saliout et de Mir avaient officiellement droit à une ration de cognac ou de vodka (de l’ordre de 30 à 100 grammes par personne et par semaine), considérée comme un tonique et un moyen de lutter contre le stress et l’apesanteur. Les médecins russes estimaient que de petites quantités d’alcool fort pouvaient aider à la circulation sanguine et avoir un effet positif sur le moral. Cette pratique a pris fin avec la collaboration internationale et les normes plus strictes de la NASA, pour laquelle l’alcool est totalement proscrit à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS). La raison est simple : dans un environnement confiné et hyper-technologique, les risques liés à l’altération des facultés (jugement, temps de réaction), à l’inflammabilité des vapeurs d’éthanol et aux interactions avec des médicaments ou des équipements sensibles sont inacceptables.

Cela n’empêche pas la recherche. La NASA et des sociétés privées se sont penchées sur la possibilité de produire ou de consommer de l’alcool lors de vols longue durée, comme pour une future mission vers Mars. Le défi est triple. D’abord, la consommation en apesanteur : sans gravité, les liquides ne coulent pas, ils forment des sphères. Boire au goulot est impossible. Les astronautes utilisent des pailles avec des poches. Un spiritueux se comporterait de la même manière, et les bulles de gaz carbonique dans une bière, par exemple, ne remonteraient pas, créant une mousse désagréable et des rots « humides » (éructation de liquide). Ensuite, la conservation : les effets de l’apesanteur et des radiations sur le vieillissement des alcools sont inconnus. Enfin, l’aspect psychosocial : l’alcool comme vecteur de sociabilité pourrait avoir un intérêt pour la cohésion d’équipage pendant un voyage de plusieurs années, mais les risques de conflit ou de dépendance sont accrus dans un tel milieu clos.

Des expériences insolites ont eu lieu. La distillerie Ardbeg a envoyé des échantillons de son whisky tourbé sur l’ISS en 2011 pour étudier l’influence de la microgravité sur le vieillissement. Les résultats ont montré des différences notables dans l’extraction des composés du bois (terpènes) par rapport à un échantillon témoin sur Terre. La brasserie japonaise Sapporo a, elle, brassé une « Bière Spatiale » à partir d’orges ayant germé dans l’espace, vendue comme curiosité sur Terre. Ces projets visent moins à autoriser la beuverie en orbite qu’à comprendre la chimie en microgravité et à préparer une future autonomie alimentaire (la fermentation étant un moyen de conservation).

Aujourd’hui, les spiritueux dans l’espace restent donc un sujet de laboratoire et de prospective, plus que de réalité quotidienne. Les astronautes se contentent de jus de fruits, d’eau et de café lyophilisé. Cependant, avec l’avènement du tourisme spatial, la donne pourrait changer. Des entreprises envisagent déjà de proposer des expériences gastronomiques en apesanteur, et il n’est pas exclu qu’un jour, un bar spatial serve des cocktails adaptés, peut-être sous forme gélifiée ou en sachet pressable. La première coupe de champagne tirée en orbite sera un moment symbolique fort, marquant la « normalisation » de la vie au-delà de l’atmosphère.

FAQ

  • Un astronaute peut-il se saouler plus vite dans l’espace ?
    La physiologie en apesanteur est modifiée (fluides remontant vers la tête, atrophie musculaire). L’effet de l’alcool pourrait être différent, peut-être plus rapide ou plus intense, mais aucune étude sérieuse n’a été menée sur des humains pour des raisons éthiques. C’est une inconnue majeure.
  • Y a-t-il de l’alcool ailleurs dans le système solaire ?
    De manière naturelle, oui ! Des molécules d’alcool, comme le méthanol et l’éthanol, sont détectées dans les nuages interstellaires et les queues de comètes. Cela n’a bien sûr rien à voir avec un spiritueux buvable, mais c’est une curiosité scientifique.
  • Les plantes pourraient-elles produire de l’alcool sur Mars ?
    Théoriquement, si l’on parvenait à cultiver des céréales ou des fruits dans des serres martiennes, on pourrait les fermenter et les distiller. Mais l’énergie et les ressources nécessaires rendent cette perspective très lointaine et peu prioritaire par rapport aux besoins vitaux.
  • Quelle boisson alcoolisée serait la plus adaptée à l’espace ?
    Les liqueurs fortes (type cognac, whisky) présenteraient moins de problèmes de gaz que les boissons pétillantes. Leur consommation en très petites quantités (quelques gouttes) pourrait être envisagée. La vodka, neutre, pourrait aussi être un candidat, mais son statut symbolique de « fuel » des cosmonautes en fait un sujet sensible.

En définitive, les spiritueux de la NASA (ou leur absence) cristallisent les tensions entre l’humain et la machine, entre le besoin de normalité et les impératifs de sécurité extrême. Ils rappellent que les explorateurs de l’espace restent des êtres humains avec des désirs terrestres, mais que le cosmos est un environnement impitoyable qui ne pardonne aucune erreur. Pour l’instant, le seul spiritueux autorisé en orbite est celui de l’aventure elle-même, enivrante et dangereuse. « Dans l’espace, personne ne vous entend trinquer… et c’est probablement mieux ainsi. »

Note importante : A consommer avec modération, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

Défiler vers le haut