Le gin, ce spiritueux botanique par excellence, est le terrain d’une fascinante bataille esthétique. D’un côté, le London Dry Gin, gardien d’une tradition séculaire et d’une rigueur presque dogmatique. De l’autre, le New Western Style Gin (ou Contemporary Gin), porteur d’une liberté créative débridée. Ces deux écoles définissent non seulement des profils gustatifs opposés, mais aussi des philosophies de production distinctes. Comprendre leur duel, c’est saisir l’évolution même de la culture du gin au 21ème siècle. Où vous situez-vous entre classicisme intransigeant et exploration frontalière ?
Commençons par le canon : le London Dry Gin. Attention, l’appellation n’est pas géographique mais technique. Elle définit un procédé de production très strict. Les botaniques (dont le genièvre doit être dominant) sont distillés avec l’alcool neutre de base. Aucune addition d’arôme, de couleur ou de sucre n’est permise après distillation. Seule de l’eau pure peut être ajoutée pour réduire le degré. Le résultat ? Un gin d’une clarté et d’une sécheresse (dry) absolues. Le profil est équilibré, structuré, avec le genièvre, la coriandre et les écorces d’agrumes en notes de tête. Des icônes comme Beefeater, Tanqueray ou Bombay Sapphire en sont les parangons. C’est le gin du Martini classique et du Gin Tonic traditionnel, où il apporte une colonne vertébrale robuste.
Face à cette forteresse traditionnelle, le New Western Style Gin a levé l’étendard de la rébellion créative. Né dans les années 2000 avec des pionniers comme Hendrick’s (avec sa touche de rose et de concombre) et The Botanist, ce style revendique la liberté. La règle ? Il n’y en a pas. Le genièvre n’est plus nécessairement la star ; il peut n’être qu’un botanique parmi d’autres. Les distilleurs deviennent des parfumeurs, utilisant des ingrédients locaux, inattendus : fruits (framboise, rhubarbe), épices (sarrasin, cardamome noire), herbes (basilic, sarriette), fleurs (violette, lavande) ou même éléments marins (algues). L’objectif est de créer un profil aromatique unique, souvent centré sur un ingrédient phare, et de raconter une histoire.
La différence est palpable au nez et en bouche. Un London Dry offre un bouquet classique, familier, où l’on reconnaît immédiatement le gin. Un New Western vous surprend, vous déroute parfois, vous emmène vers un jardin, une forêt ou un marché exotique. Cette approche a totalement transformé la mixologie. Elle a rendu possible des accords inédits : un gin aux notes de poivre rose se marie à merveille avec un tonic au pamplemousse, un gin aux arômes de thé vert s’épanouit dans un cocktail asiatique. Le gin n’est plus un simple vecteur d’alcool et de genièvre, mais un ingrédient à part entière, doté d’une signature olfactive forte.
Jean-Sébastien Robicquet, expert et fondateur de la maison G’Vine (un gin français à base de raisin et de fleur de vigne), résume cette évolution : « Le London Dry est la grammaire. Le New Western est la poésie. Un bon poète maîtrise la grammaire, mais il sait la transcender pour émouvoir. » Cette citation illustre le dialogue entre les deux styles. Beaucoup de distillateurs contemporains maîtrisent parfaitement la technique du London Dry avant de s’en émanciper.
FAQ
- Un London Dry Gin doit-il être produit à Londres ?
Non, absolument pas. C’est un style de production qui peut être fabriqué partout dans le monde, du moment que le cahier des charges technique est respecté. - Quel style de gin pour un Gin Tonic ?
Tout dépend de votre goût. Pour un G&T classique et rafraîchissant, un London Dry est parfait. Pour un G&T d’exploration où le gin se met en avant, choisissez un New Western et assortissez le tonic en conséquence (tonic plus neutre). - Le Old Tom Gin est-il un troisième style ?
Oui ! L’Old Tom est un gin légèrement sucré, historiquement situé entre le Genever hollandais et le London Dry. Il connaît un revival pour des cocktails historiques comme le Tom Collins. - Comment reconnaître un New Western Gin sur l’étiquette ?
Souvent, la liste des botaniques est mise en avant, avec des ingrédients originaux. Les mentions « London Dry » sont absentes, et le marketing insiste sur l’innovation et le caractère unique.
Alors, qui gagne la bataille ? Personne, et c’est tant mieux. L’univers du gin est aujourd’hui bigarré et passionnant précisément grâce à cette coexistence. Le London Dry reste la référence indétrônable, la preuve qu’une perfection peut être atteinte. Le New Western est le laboratoire joyeux qui pousse les limites et attire de nouveaux amateurs. Le véritable gagnant, c’est le consommateur, qui dispose d’un spectre de saveurs sans précédent. Alors, demain, shaker classique ou aventure ? Pourquoi choisir ? « Un verre, deux styles, l’infini des possibles. » 🍃✨
Note importante : A consommer avec modération, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
